Tu restes au seuil de la porte, au seuil de mon existence. Comment l'expliquer? Ce sentiment présent. Là, tu voyages dans les piéces de l'appartement. Ta robe traîne par terre, tes ailes sont brisées. De ton teint pâle ressort le noir de tes paupières, de tes cheveux le platine. Tu n'appartiens plus au commun des mortels. Cette nuit est une traversée, l'au-delà sublimée. On traversa le styx. La barque avancera dans le brouillard. On se frayera un chemin dans un océan de roseaux.
Le paradis urbain a fait son temps. Les immeubles ne brillent plus de milles feux dans la pénombre. Non, ces rues labirynthiques ont des allures cauchemardesques. La foule est végétative, les étoiles en toc.
Si je peux te suivre, je le ferai. Mais je n'aime qu'un fantôme. L'ennui reste une fatalité. L'espérance est longue et vaine. Tu n'as pas de reflets. Tu n'as pas d'identité. Je t'ai simplement imaginé et te fait vivre dans mon inconscient. Dans un monde qui se consume, j'ai crée ton personnage. Tu serais mon plus beau suicide. J'essaye d'y croire. Je te fais vivre tant bien que mal.
La rancoeur nous étrangle, le souvenir demeure.
Sur cette plage, tout finira. La barque y échoue, l'ancre rouillée dans le sable. Une pluie glaciale frappe nos joues. On va s'éteindre ici, nos corps maladifs. Sans doute un autre voyage, sans doute le dernier.
" Pour ébranler irrémédiablement un coeur, le Destin n'a pas toujours besoin de prendre un grand élan et de déployer une force brutale et brusque ; il semble que précisément son indomptable volonté formatrice éprouve un plaisir spécial à faire naître d'un motif inutile la destruction. "
Stefan Zweig, Destruction d'un coeur.
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2-purgatoire